Sunday Knots #1
"F*ck the lighting. F*ck the script. Talk about your f*cking LIFE" — Gary Vaynerchuk.
Bienvenue dans les Sunday Knots.
J’ai bientôt 50 ans, 5 enfants. J’ai récemment quitté un travail confortable pour construire un projet à taille humaine : Tangerine Club.
J’accompagne aujourd’hui des entrepreneurs qui, comme moi, essaient de créer ou de développer leur activité, sans s’épuiser en route.
Ici je ne donne pas de leçons. Je documente ce que je vis. Entre l’envie et le passage à l’action.
Et ça se passe le dimanche.
Le noeud de la semaine : Entre Enregistrer et Publier
Disclaimer : Ce texte parle moins de vidéo que de ce qui se joue quand on s’expose publiquement.
La technique.
Jeudi matin, 09h32. Je suis devant mon iPhone posé sur un mini-trépied.
Les objectifs des caméras arrière sont prêts à m’espionner.
Ça se complique déjà : je ne veux pas me filmer face caméra avec le grand-angle intégré, peu flatteur.
Encore moins avec la caméra frontale.
Ce n’est pas négociable. Je ne supporterai pas de voir ma tête allongée comme une courge à cause d’un 20mm. Je veux bien essayer d’assumer mon image, mais pas si elle est déformée.
Bon, J’ai acté. Pour les formats courts, ce sera l’objectif arrière.
Premier casse-tête immédiat :
Comment vérifier le cadrage si je ne vois pas mon écran ?
Je passe 1 heure à chercher une app capable d’afficher le retour vidéo sur mon Mac pendant que je filme. Je teste Ecamm (trop cher), puis Camo Studio (40€ ça fera l’affaire).
1 heure de perdue pour Gary Vaynerchuk .
S’il avait été derrière moi, il m’aurait certainement dit :
We don’t care about your stupid software.
Film me your face
Le moment où je me vois.
Configuration terminée. Je lance l’enregistrement.
Première prise. Je parle. Je bafouille. Je perds le fil. Je ne regarde pas vraiment l’objectif.
F*ck.
Àprès plusieurs prises. Je regarde les rushes.
Et là, je me découvre :
J’ai l’air pénible à écouter
Je bouge sans arrêt mes mains
Les questions déboulent en rafale :
Dois-je mettre des lunettes ?
une casquette ? Un bonnet ?
Changer de tenue ?
Dois-je ajuster mon tempérament ?
Surjouer ?
Être moi-même mais en version «pro» ?
Et si je deviens une version YouTube-friendly de moi-même…
Est-ce que ce sera encore moi ?
Documenter, pas si simple.
Gary Vee a raison : documenter sa vie a de la valeur.
Bien plus de valeur que de passer des heures à peaufiner un setup d’éclairage ou à chercher la transition parfaite.
Mais personne ne te parle de ce qui se passe entre le moment où tu appuies sur « Enregistrer » et celui où tu oses cliquer sur « Publier ».
Entre les deux, il y a un gouffre.
Un gouffre fait de questions techniques (quelle focale ?),
de questions d’apparence,
et de questions narratives (est-ce que ce que je raconte a du sens ou c’est juste moi qui me regarde le nombril ?).
Et ce gouffre, tu ne le traverses pas simplement en hurlant “F*ck, f*ck”. Tu le traverses en acceptant qu’il existe.
Et que pour le traverser, tu vas devoir te construire un pont de singe, qui tangue à chacune de tes expérimentations.
À tout moment, tu menaces de tomber, en lâchant l’affaire.
Le choix du minimalisme, du brut.
La vérité, être minimaliste n’est pas systématiquement de la spontanéité brute.
C’est une esthétique intentionnelle.
Quand je regarde les vlogs de Casey Neistat — celui qui a redéfini le vlogging sur YouTube — ce que j’admire, c’est ce côté «improvisé» dans un univers cohérent.
Ses timelapses de New-York
Ses cartons griffonnés au marqueur
La musique indie reconnaissable
Le cadrage amateur, mais millimétré.
Avec son lifestyle “f*ck”, Casey Neistat a construit, vidéo après vidéo, un langage visuel reconnaissable.
À chaque fois avec un arc narratif .
À chaque fois avec avec un montage rythmé.
À chaque fois avec une intention claire.
Et irrémédiablement, je suis alors confronté à :
être authentique tout en racontant une histoire structurée
être minimaliste avec une incarnation forte
Et ça, ça demande du travail.
Gary Vee, quand il dit “fuck the lighting” ce qu’il ne précise pas, c’est que lui, il a passé des années à construire son univers.
Sans oublier ses tics de langage,
son timbre de voix,
son énergie reconnaissable.
À ce moment-là, je ne doute pas seulement de mon image. Je doute de la place que j’ai encore à prendre.
J’ai bientôt 50 ans. 5 enfants.
Marié à Marion, 35 ans.
Ancien militaire.
Ex-directeur de projets.
Aujourd’hui, je me lance dans la construction de Tangerine Club, dans ce contexte-là.
Une amie m’a dit, maladroitement, au début de ma relation avec Marion, en 2019 :
Avec tes enfants, ta vie passée, et votre différence d’âge,
t’es un super produit marketing.
Je me souviens avoir été blessé.
Aujourd’hui, je réalise qu’elle avait raison.
À quelques nuances près :
Je n’ai pas New York comme décor.
Je n’ai pas quinze ans d’expérience en vidéo.
Je n’ai pas de studio.
Et je ne suis pas certain de vouloir passer des heures de montage
Mais j’ai autre chose : Une vie imparfaite.
Et ce désir persistant d’essayer d’accomplir quelque chose.
On a tous quelque chose à partager qui résonnera avec d’autres. C’est certainement l’une des grandes réussites du web : l’esprit communautaire, plus limité à son village.
Documenter incarné
Partager son quotidien, ses défis ce n’est pas simplement documenter.
C’est documenter incarné.
Et incarné, ça veut dire :
Accepter que cette voix est ma voix
Accepter que ce visage est le mien
Accepter que le cadrage soit parfois approximatif
Tout en continuant à chercher.
Documenter, ce n’est pas attendre d’être prêt. Je pense qu’elle est là, cette dimension incarnée.
C’est de voir en train de devenir.
Ce que j’ai gardé cette semaine
Les vidéos de Casey Nestat
J’en ai regardé quelques unes, par intérêt mais aussi pour décortiquer leur construction.
J’ai commencé par celle ci : une vraie pépite.
Eden : le projet fou de DAN KOE
En France, Dan reste confidentiel.
Pourtant il fait partie de ces créateurs avec une capacité de production lunaire.
Il a lancé dernièrement Eden.
Je me suis saigné pour prendre un abonnement premium, sans trop réfléchir. Mais bien conscient du potentiel.
Cette app est devenue un espace précieux pour stocker des idées, structurer mes réflexions et nourrir mes contenus.
En écrivant cette newsletter (j’y ai passé un peu plus de trois heures), je me rends compte que je ne l’exploite pas encore pleinement.
Il y a clairement un truc à optimiser ici.
Ce que je lâche ce dimanche
Ce dimanche, je lâche mon téléphone.
Je bricole la cuisine.
Rien n’est fini ici.
Pearl Jam m’accompagne.
Comme avant.


